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17 Mai 2012, St Pascal

Encre Rouge et Noire

 

« On m’avait donné l’occasion de la voir une dernière fois »

 

Le Train Vide 0510Les joues rosies par le froid, je restais là à attendre l’heure, sur le quai de la gare. Le vent s’engouffrait par rafale dans ce long tunnel sombre, l’hiver avait été glacial cette année et plus particulièrement pour moi. J’avais appris récemment son décès, on m’avait donné l’occasion de la voir une dernière fois.

Debout, les mains dans les poches, je guettais ce prochain train qui me la ramènerait quelques secondes. Il fallait attendre l’heure. La gare pullulait d’âmes égarées, à la recherche d’un proche, d’un futur train à prendre. Le mien avait pour nom et matricule le « Train Vide 0.510 ». Rien de bien original. On me bouscula avec un « pardon » et je crus voir l’espace d’un instant un regard vide, dépourvu du moindre espoir. N’y avait-il que cela ici ?

Plus le temps passait, plus la gare se vidait et bientôt, je fus seul. Allait-elle miraculeusement descendre de ce foutu train ?  Le silence m’oppressa durant un instant, seul le vent emporta sur son passage une cannette de coca vide.

Au fond du tunnel, une lumière m’éblouit brusquement. Je portais la main à mes yeux lorsque le train sortit de nulle part pour ne pas s’arrêter. Lorsque les wagons eurent finis de défiler devant mes yeux, je pus l’apercevoir, sur l’autre rive.

Son visage dépeignait une tristesse infinie, ses cheveux châtains clairs encadraient un regard sans fond et sa bouche faisait une sorte de petite moue. Elle paraissait perdue dans sa robe à volants…Elle était égarée.

Un immense vide s’est emparé de moi et j’ai compris que le deuil n’était pas terminé. Après quelques mois, rien n’était encore passé. Tout était encore douloureux. J’étais resté « bloqué » sur cette rive et elle sur l’autre. J’étais jaloux de cette facilité qu’avaient les autres à continuer leurs vies, à « passer à autre chose »…Alors que moi, j’étais là : Gare St Matthieu, à l’ouest de la 3ème avenue, à 00 : 58.

Elle me regarda durant quelques secondes, toujours avec cet air triste et ce regard luisant, elle n’ouvrit pas la bouche car il n’y avait rien à dire. Tout avait été dit précédemment. Et même si l’un de nous d’eux étaient revenus sur sa déposition, ça n’aurait rien changé dans l’immédiat, mis à part cette éternelle souffrance que nous tentions désespérément de cacher.

Elle disparut brusquement dans le Train Vide 0.510. La rencontre avait été brève.

Je suis resté là, bouleversé par cette rencontre furtive et j’ai attendu le prochain train.

Il était inutile de continuer à vivre dans ces conditions, en étant vide et dépourvu du moindre sentiment. J’avais cette désagréable impression de me regarder vivre, d’être extérieur à moi-même et de voir avec désolation mon propre corps prendre possession de mon âme jusqu’à la paralyser. J’en étais arrivé à un point ou le seul fait de me nourrir pouvait me maintenir en vie. Plus de passion, plus de loisir, plus d’envie, plus de réel besoin…Vivre au jour le jour comme une bête sauvage qui tente de survivre dès l’aurore. S’enfoncer dans les ténèbres à la nuit tombée et se noyer dans l’alcool pour mieux vomir cette haine tant refoulée. Etre obliger de ne pas penser pour ensevelir sous les affres de la vie quotidienne cette tristesse infinie.

Elle avait pris ce foutu train sans m’attendre et aujourd’hui c’était à moi de le prendre.

 

 

[Il est inutile de nager à contre courant, seul la tristesse y arrive, et ce dans une éclosion de larmes utopiques]

 

 

Tags associés : train, vide, 0510

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Mercredi 17 Février 2010Poster un commentaire

 

Toile Rouge

Inévitablement ce besoin de mort était plus fort que tout.

Je n’ai pas mis assez de conviction dans cette œuvre que je considère et que je considérerais toujours comme ratée. Pas assez de couleurs, de segments, de passions intenses…

J’avais réussis malgré tout à désamorcer la bombe, coupant nette cette inspiration soudaine. En réalité elle avait été veine, inutile presque. Les couleurs étaient devenues fades, les tons pâles, tristes…J’avais perdu cette fougue des premiers jours, ou les rouges les plus luisants s’entrelaçaient gracieusement avec les noirs les plus profonds, ou les blessures superficielles, géométriques, mêmes, prenaient un sens inévitable à mes yeux.

J’avais ressentis un réel besoin de commencer quelque chose de concret. De peindre noir sur blanc ce chaos grandissant, ce bordel incessant qui s’était accumulé dans ma tête.

Je devais assouvir ces pulsions meurtrières insatiables. Colère grandissante que j’avais réfrénée jusqu’alors : Il était devenu La Toile. Il fallait que je contrôle ce monstrueux tableau. Il était la seule chose sur lequel j’avais un véritable pouvoir. Et lorsque j’entaillais, découpais, arrachais même des morceaux de ce corps indépendant, j’éprouvais une sensation de jouissance extrême. Il devenait l’œuvre, le support indispensable à cette fresque unique que je m’efforçais de compléter chaque jour avec la même conviction : la mort viendrait bientôt, aussi suffisait-il de terminer la toile….

Lorsque j’avais débuté, je n’avais pu m’empêcher de marteler comme un fou cette page vierge. Faisant ruisseler les rouges et les noirs avec violence. Gouttes, taches, traits, giclés, explosions de textures picturales exaltantes qui m’avaient considérablement mis en transe avant l’apothéose finale : les lames avaient glissées sur son corps comme de l’eau,  déversant sur le carrelage immaculée une mare vermeille dans laquelle je m’étais littéralement jeté. Colorant mon visage de cette teinte miraculeuse, j’avais par la suite ouvert d’anciennes cicatrices pour que nos sangs assombrissent cette œuvre bénite dans laquelle nous pourrions enfin fusionner.

Contre son grès j’avais accentué les traits de ce triste tableau par une haine et une jalousie indéfinie…J’avais frappé violemment sa tête contre le carrelage jusqu’à-ce que son crâne prenne les formes anguleuses souhaitées ; que la texture de son visage boursoufflé soit paradoxale à la matière même de son propre corps, corps labouré à la truelle et aux couteaux, résultat d’un champ de bataille sans nom…

Tableau monstrueusement exsangue que j’avais finis par ouvrir en deux dans l’hilarité la plus totale pour le bien fondé de notre amitié.   

[Arracher ton cœur à pleine dents agrémentera l’éternelle satisfaction que j’éprouve à notre rupture fusionnelle].

Tags associés : toile

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Mercredi 17 Février 2010Poster un commentaire

Frandolle de MacaronsLorsque nous nous sommes rencontrés, c’était à la terrasse de ce café, situé plein sud, avec le soleil couchant en arrière-plan. Les palmiers importés de je ne sais où venait compléter ce tableau qui aurait pu être paradisiaque si nous n’étions pas en plein février. Le froid glacial mordait mes joues à pleine dent et je pouvais imaginer l’espace d’un instant la couleur rosâtre de mon nez ridicule. La serveuse lui amena son cappuccino et pendant qu’il essayait d’ouvrir le sachet du petit spéculos, mon regard se posa une fois de plus sur lui.  Il paraissait étrangement fragile, je pouvais lire sur son visage l’inquiétude et la lourdeur du temps qui passait. Les yeux dans le vague, il tripotait nerveusement sa cigarette. Il semblait perdu...

Il but une gorgée brulante de cappuccino et la note s’envola aussitôt. Il reposa la tasse et s’empressa d’aller la ramasser sous mon regard captivé. Au milieu de la terrasse, il était seul et je pus alors m’introduire dans ses yeux électriques. Je fus englouti par une vague de tristesse qui noya la totalité de mon corps durant une fraction de seconde. J’avais cette désagréable sensation d’avoir sauté dans un lac gelée, d’avoir fracassé mon corps contre la surface solide de la glace avant d’être absorbé par les eaux profondes. J’échouais sur la berge, inerte, pour constater, enfin, qu’il n’y avait aucune raison de lutter. Les choses étaient faites ainsi, et le mur vitré qui venait de s’élever entre nous semblait infranchissable.  

Il colla ses mains sur le mur. Pour la première fois, je me sentis vide, il avait réussi par un simple regard à m’ôter la vie, à capter les moindres particules de mon corps jusqu’à me paralyser tout entière. Réceptive à la moindre respiration, j’arrivais à saisir chez lui une profonde solitude contagieuse. La porte s’entrouvrit, mon cœur s’arrêta de battre et mes poumons se liquéfièrent brusquement. L’immensité du chaos qu’il renfermait était sans pareille et j’aurais voulu stopper d’un seul souffle cette torture inhumaine.

Etait-il possible de rencontrer un être dont la chair à vif était visible ?

Etait-il possible de fusionner en quelques secondes avec un parfait inconnu ?

Etait-il possible qu’une alchimie si intense puisse obstruer toutes pensées logiques ?

Je me surpris un instant à songer à notre vie future, à notre amour passionnel, à nos idées communes, à nos fous rires intempestifs, à nos codes d’amoureux irrationnels, à nos disputes absurdes et surtout, et par-dessus, tout à notre similitude. Il y avait quelque chose d’électrique entre nous, quelque chose d’extrême dans nos personnalités respectives qui faisait qu’ensembles, nous étions possiblement dangereux...et pourtant ?

  • Mademoiselle ?

La vendeuse me tira de ma torpeur, elle me tendit la boite de macarons que j’avais préalablement commandée. L’inconnu, toujours à la terrasse du café, ralluma une cigarette.

Le sac sous le bras, je sortie du magasin, empruntais les escalators et continuais mon chemin, troublée.  Etait-il possible de rencontrer son binôme et de le laisser partir sans le retenir ?            

 

Alela Diane, The Pirate’s Gospel.

Tags associés : macarons

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